L’effet Bilbao, renaître de ses cendres ?

 © Institut de recherche et d'histoire des textes - CNRS
© Institut de recherche et d’histoire des textes – CNRS

L’effet Bilbao, également connu sous l’effet Guggenheim, est une croyance farfelue qui permet de justifier la construction d’à peu près n’importe quelle institution culturelle hors de prix dans un territoire en partie sinistré. Pourquoi « croyance » et pourquoi « farfelue » ? Parce que si le concept est valide à bien des égards, son utilisation à tort et à travers l’a rendu tout simplement caduque et porteur de fausses promesses.

Comme son nom l’indique, l’effet Bilbao est associé à la capitale du Pays-Basque. Fin 1990, la construction du musée Guggenheim parachève l’effort de revitalisation de la région entamée au cours de la décennie et fait entrer cet ancien bastion industriel dans une nouvelle ère. Fini le territoire sinistré aux nombreuses friches désaffectées, bonjour territoire dynamique, innovant et ouvert sur le monde. Evoluer d’un passé industriel à une ville de services et de cultures, grâce à une transformation du territoire. Si le musée Guggenheim a effectivement joué un rôle dans cette transformation, on a trop tendance à lire le succès de la revitalisation uniquement à travers ce prisme. Alors qu’il ne s’agit que d’une des composantes d’une stratégie plus globale, dont le point d’orgue est peut-être le tournage du James Bond Le monde ne suffit pas (1999).

Le succès d’un territoire qui avait soigneusement préparé son coup a donc été simplifié en une sorte d’effet mécanique :

Institution culturelle prestigieuse = Retombées touristiques & économiques
= Revitalisation du territoire

Applicable de la même manière partout. Et c’est notamment un des arguments qui a été entendu pour les projets du Louvre Lens ou de Pompidou Metz. Croyance réelle ou simple justification, finalement peu-importe puisque l’argument était là. Le bassin minier du Nord bénéficierait de retombées importantes grâce à la renommée de la marque Louvre. Et dans les faits, le Louvre a fait son travail : 26e destination mondiale à voir absolument selon le Times, 1,4 millions de visiteurs la première année (400.000 en 2015). Il a contribué à remettre le Nord sur la carte des destinations d’une certaine manière. Au même titre que le classement Patrimoine mondial de l’Unesco de 353 biens du bassin minier.

Mais le problème que soulève l’effet Guggenheim est la pression que l’on met sur les épaules de telles institutions culturelles, dont la réussite ou l’échec est conditionnée par la reprise ou non d’un territoire. A 300 millions d’euros on peut juger ça légitime, mais on peut malgré tout le nuancer. Guggenheim Bilbao aurait en 10 ans permis de créer 45.000 emplois et contribuait à 1,45 milliards d’euros du PIB basque en 2007. Le tout pour un investissement initial de 160 millions d’euros de la part de la collectivité. Sauf que le musée s’est inscrit dans un plan de rénovation urbaine et de modernisation des infrastructures de transports et de recomposition spatiale (construction d’un nouveau port) de plus d’un milliard d’euros ; donc une stratégie touchant à l’ensemble du territoire, dont le symbole était le musée à la forme et aux matériaux si caractéristiques.

Pour conclure, l’objectif n’est pas ici de dire que l’effet Guggenheim est une aberration, mais que sa compréhension peut en être erronée. Croire que la construction d’un musée ou d’un théâtre peut redynamiser un territoire est une erreur. Mais en faire le point d’orgue d’une stratégie globale de développement, dans une logique transversale économique, sociale, urbaine, environnementale … peut devenir intéressant et l’investissement culturel prend alors tout son sens ; y compris pour la population locale qui y adhérera plus facilement. Le principe même de réhabiliter son patrimoine industriel pour le transformer, soit vers de nouvelles unités productives (liées aux nouvelles technologies par exemple), soit vers des équipements ou encore pour le patrimonialiser est une bonne chose ; et une chance pour ces territoires en mal d’estime. Et on comprend alors toute la force qu’un projet de prestige peut sublimer.

 

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